— Que nous voulez-vous, Messieurs ? demanda-t-il poliment.
L’officier répondit avec brusquerie qu’il exécutait les ordres donnés à tous les chefs de stations militaires à rencontre de bandes indiennes non soumises qui se rapprochaient de moins de trois milles de la frontière.
— Je vous ferai remarquer, répliqua le Bison Noir, que nous sommes ici à huit milles au moins de cette frontière et que c’est vous, en ce moment, qui violez le territoire de Sa Majesté Britannique.
La remarque était si juste que le lieutenant parut fort embarrassé.
— Vous n’avez donc rien à faire ici, Messieurs, poursuivit le Bison Noir. Toute persistance de votre part serait une véritable déclaration de guerre à l’Angleterre dont nous sommes les loyaux sujets.
— Les Sioux ne sont point sujets de l’Angleterre, voulut rectifier l’officier. Leurs tribus sont établies officiellement et reconnues par le Congrès de l’Union sur les terres du Dakotah.
— Les Sioux n’ont pas tous accepté d’être citoyens des réserves, répondit le jeune chef avec feu.
L’officier le regarda de travers. La rectification était précise. Mais il n’entendait pas recevoir de leçon en présence de ses hommes.
— Ceux qui n’ont point accepté sont des réfractaires, tenus pour des ennemis.
— Fort bien, Monsieur, concéda Wagha-na. Mais votre remarque n’est fondée, tout au plus, que sur le territoire américain. Or, vous êtes ici en terre anglaise.