On les voyait, cavaliers sans rivaux, le torse nu, les jambes vêtues du pantalon mexicain fendu, les pieds chaussés de magnifiques mocassins, — une vanité presque nationale, — exécuter de merveilleuses voltes sur leurs superbes mustangs qu’ils montaient à crû, n’ayant adopté de leur contact avec les blancs que l’habitude du mors et des éperons d’acier.

Wagha-na ne perdit pas son temps aux réflexions philanthropiques.

Il connaissait ses adversaires pour les avoir trop souvent rencontrés en des heurts de ce genre.

Il fallait donc se mettre en garde sur le champ contre leur première charge, afin de leur imposer le salutaire respect des armes à feu, plus redoutables que les lances.

Les Sioux formèrent donc une double colonne, sur deux rangs, s’unissant à l’une des extrémités, de manière à présenter à l’ennemi l’ouverture d’un angle hérissé de canons de carabines en joue.

Cette tactique, inventée par Wagha-na, avait pour principal avantage de paralyser la fougue de l’ennemi.

En effet, celui-ci, soit qu’il chargeât en colonne, soit qu’il se déployât en ligne, recevait, tout d’abord, un feu de front terrible. Emporté par son élan, il venait s’engager dans l’ouverture de l’angle qui, se rompant alors, permettait aux deux ailes des Sioux de l’envelopper en le fusillant sur les flancs, pour se rejoindre en arrière et recommencer la même manœuvre. Alors, se retournant vers Georges, le Bison Noir lui demanda.

— Mon cher enfant, voulez-vous vous charger d’une mission de confiance ?

— Oui, répondit Vernant sans hésiter.

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BATAILLE