Tous les coups portèrent. Quarante Comanches tombèrent. Et avant qu’ils eussent réparé le désordre de leurs rangs, la colonne entière les troua, les culbuta, sabres, haches ou lances en mains.
Ainsi rompus, ils durent essuyer derechef le feu à bout portant des deux ailes des Sioux.
Alors, frappés d’épouvante, ne pouvant se rejoindre, les deux tiers d’entre eux tournèrent leurs bêtes vers le Sud et se mirent à fuir à travers la prairie.
C’était la victoire pour Wagha-na et les Sioux.
Le combat n’avait pas duré plus de vingt minutes. Les pertes des Comanches étaient énormes. La moitié de leur effectif était mort ou blessé. Le reste, démoralisé, se dérobait à la poursuite de leurs vainqueurs.
Pour ceux-ci, c’était le moment critique.
En effet, malgré les efforts pour les maintenir, Wagha-na put constater avec douleur que l’instinct sauvage reprenait le dessus et qu’il était impossible de maîtriser la furie de ces brutes affolées par la soif du carnage.
Des cent quarante hommes que conduisait le jeune chef, une centaine s’était élancée à la poursuite des fuyards.
Le chef lui-même les y avait entraînés, obéissant autant à la vaine gloriole du commandement qu’aux impulsions ataviques qui le poussaient au massacre. Le reste courait à travers le champ de bataille, s’y livrant à la hideuse besogne de la conquête des chevelures.
— Voilà le moment le plus dangereux, de la journée, dit tout bas le Bison Noir à Georges Vernant. Tant qu’il ne s’est agi que de combattre, j’ai pu tenir mes hommes dans la main. Mais à présent, les voici lâchés. Nous devons à la plus élémentaire prudence de ne point les attendre. Un retour offensif des Comanches nous serait désastreux.