La fuite des Comanches lui paraissait due moins à une victoire des Sioux qu’à la pratique d’une de ces ruses de guerre dont il savait ses compatriotes coutumiers. Il était à craindre qu’on n’eût, la nuit venue, quelque attaque imprévue à subir.

On prit donc toutes les précautions nécessaires. Les abords du camp furent largement éclairés sur une circonférence distante de cent cinquante mètres des tentes, afin que les flèches de l’ennemi ne pussent venir silencieusement assaillir les chasseurs endormis.

L’événement prouva que l’on avait eu raison de se méfier d’une surprise.

En effet, vers trois heures du matin, un sifflement pareil au bruit d’un bâton vivement tourné annonça que les perfides méridionaux étaient revenus à la charge. Une première flèche, dépassant le cercle des torches, vint se ficher en terre à une soixantaine de mètres des premières tentes, prouvant la sagesse des mesures prises par le Bison Noir.

L’ordre qu’il avait donné fut rigoureusement exécuté. Personne ne bougea. Aussi l’ennemi, s’enhardissant, envoya-t-il une seconde volée de flèches. Une trentaine de celles-ci parvinrent dans la zone la plus rapprochée du camp.

Alors seulement Wagha-na fit sortir des tentes une soixantaine d’hommes qui s’avancèrent, en rampant sur les mains et les genoux, jusqu’à la limite atteinte par les flèches. Distribués en quatre groupes principaux, ils firent face aux quatre points cardinaux, conservant la position couchée. Les ordres se donnèrent à voix basse, et recommandation fut faite de tirer au jugé à la hausse de quatre-vingt mètres et au niveau moyen de la ceinture d’un homme.

Puis, tout rentra dans le silence.

Il était convenu que les hommes tireraient au commandement, sur un coup de sifflet. Si l’attaque était simultanée, les quatre groupes feraient feu en même temps devant eux, afin de balayer le terrain. En même temps, la réserve de la troupe, d’un nombre, égal, se tiendrait au centre du camp, prête à charger sur le point le plus menacé.

Wagha-na avait appelé près de lui Joë O’Connor, auquel il avait confié une petite boîte de cuir assez semblable à un appareil photographique, lui enjoignant de n’en faire usage qu’au moment opportun.

Une vingtaine de minutes s’écoulèrent sans qu’aucun signe menaçant se produisît.