Il était manifeste que, pour débusquer les tireurs aperçus à la lueur d’une décharge qui avait dû leur être excessivement meurtrière, les Comanches allaient charger dans l’obscurité.
On n’avait pas le temps de plier les tentes. Mais les chevaux étaient là. En un clin d’œil tout le monde fut en selle et rassemblé en arrière du camp dont on éteignit toutes les torches. La plaine se trouva donc plongée dans de denses ténèbres.
Mais, au même instant, un faisceau lumineux d’une grande puissance s’épandit sur la prairie, montrant aux Sioux leurs adversaires déjà massés pour la charge. Quatre-vingts fusils étaient déjà prêts. Ils firent feu, et l’ennemi, atteint par cet ouragan de plomb, rompit son ordonnance. C’était Joë O’Connor qui venait d’utiliser son projecteur électrique.
Avec des hurlements de rage et de désespoir, les Comanches se ruèrent sur le camp. On put les voir, dans la blanche nappe d’électricité, s’agiter éperdus, aveuglés, poussant leurs bêtes au hasard, n’ayant plus pour les guider que l’instinct d’une haine affolante.
Ils coururent tout droit aux tentes pareilles à de gigantesques fantômes. Mais, dans leur course désespérée, ils offrirent aux tireurs Sioux une cible trop aisée. De nouveau, une décharge les prit en écharpe et leur tua une vingtaine d’hommes.
Les plus emportés ne purent que planter leurs longues lances dans la toile des tentes ou les hérisser de flèches inutiles.
Mais déjà leurs chefs sonnaient la retraite. Il était évident que la lutte leur avait été funeste, et qu’ils n’entendaient pas continuer à leurs dépens la cruelle expérience qu’ils venaient de faire du génie militaire de Wagha-na.
Les Sioux ne les poursuivirent point.
Ils avaient mieux à faire en s’occupant de leurs blessés. En effet, une quinzaine des leurs avaient été atteints par des flèches perdues ou des balles venues à l’ouverture. Par bonheur, aucune des blessures n’était mortelle.
Le plus grièvement atteint était Georges Vernant qu’une flèche avait frappé au bras gauche, un peu au-dessous de l’épaule. Mais ce qui avait consolé le jeune homme, c’était que, sans sa présence, le trait eût tué Madeleine.