Aussi la fille adoptive du Bison Noir lui avait-elle adressé tout haut ses remerciements.
— Voici deux fois que je vous dois la vie, Georges. La mienne vous appartient, vous le savez.
Cette parole, Léopold Sourbin l’avait entendue. Il en avait frémi de colère.
Un âpre sentiment de jalousie était entré dans son cœur et il avait senti renaître en lui les fiévreux désirs qui en avaient fait l’associé ou plutôt le complice de Pitchet de Schulmann.
Ce n’était point seulement sa cupidité qui était en jeu. Il avait conçu pour sa cousine un amour profond et sincère, et cet amour lui avait inspiré l’horreur de ses premiers calculs et des misérables dont il avait voulu faire les instruments de ses odieux projets. Mais, à cette heure, une haine sourde bouillonnait en lui contre le jeune Canadien.
Cette haine, elle l’étouffait. Il ne pouvait la laisser voir, lui donner cours. Indépendamment de l’affection et de l’estime dont Wagha-na et ses compagnons entouraient Georges Vernant, n’y avait-il pas, désormais à ménager la tendresse dont Madeleine elle-même venait de donner un si précieux gage à son rival ?
Ce n’était pas tout. N’était-il pas lié à Georges par la dette d’une étroite reconnaissance ?
Léopold ne pouvait oublier, en effet, en quelles circonstances critiques celui-ci lui avait sauvé la vie : Sa course éperdue à travers la plaine aride, sa chute de cheval et l’attaque inopinée du serpent-fouet, dont il serait tombé victime, sans la courageuse intervention de celui dont il souhaitait maintenant la mort.
Oui, la mort, car la reconnaissance en son cœur avait cédé la place à la jalousie, implacable, féroce.
Et Léopold Sourbin en était à regretter de n’avoir pas à sa portée les deux misérables auxquels il aurait pu recourir pour qu’ils le délivrassent de la présence d’un rival exécré.