Or, ces complices que regrettait Léopold étaient plus près de lui qu’il ne pouvait le soupçonner.

XI
LE RAPT

Ulphilas Pitch et Gisber Schulmann avaient fini par se mettre d’accord sur les moyens à prendre.

Chose étrange ! C’était la brutalité du second qui avait eu raison des prudences du premier. A la suite d’une explication fort acerbe dans laquelle l’Allemand lui avait reproché l’insuccès de ses machinations et de ses trames ténébreuses, prônant très haut l’emploi des moyens énergiques, le Yankee avait fini par concéder à son complice ses prémisses. Il avait donc été convenu entre les deux hommes que si, au cours de leur voyage aux côtés des chasseurs de bisons ils ne parvenaient point à déterminer Sourbin à une action décisive, Gisber prendrait à son tour la direction des « opérations ».

L’échéance était arrivée, ou plus exactement le terme de l’épreuve fixé par Pitch lui-même. L’Américain n’avait pas protesté. Il n’avait pas même réclamé une prolongation du délai. Il s’était soumis sans murmure.

Tout aussitôt Schulmann avait entraîné son compagnon au delà de la frontière. Sur son inspiration, qu’il avait, d’ailleurs, approuvée, Ulphilas avait gagné le poste le plus voisin et prévenu les autorités américaines du voisinage dangereux des Sioux en deçà des limites imposées par les traités.

Mais là ne s’était pas bornée l’intervention hostile des deux coquins.

Gisber Schulmann était pressé de mettre lui-même la main à la besogne. Il n’avait suscité l’action armée des Yankees que pour occuper l’attention des Indiens, comptant profiter de leur trouble pour mener à bien son propre projet. Or ce projet, très hardi, ne tendait à rien moins qu’à ravir ou à tuer Madeleine.

Il crut un moment l’occasion propice toute trouvée.

En courant à travers les premiers contreforts de la chaîne, afin de surveiller les agissements de Wagha-na et de sa troupe, Gisber fit la rencontre d’un parti de trappeurs qui, eux-mêmes, lui signalèrent la présence des ours grizzlys.