L’arrivée des Indiens avait mis ces hommes en fureur en éloignant d’eux le gibier auquel ils donnaient la chasse. Il fut donc très facile à Schulmann de les gagner à sa cause, sans leur faire connaître, cela va sans dire, les raisons qui le faisaient agir. Ainsi furent détournés les ours. Puis, en même temps qu’ils poussaient les terribles animaux les uns vers les autres, les trappeurs chassaient devant eux les antilopes jusqu’à l’étroite vallée en entonnoir, point commun et obligé, centre de leur effort aussi bien que des recherches probables des Sioux.
Le Bison Noir avait donc eu raison lorsqu’il avait tenu pour un indice de malveillance la présence des onze grizzlys rassemblés sur un même point. Le coup de fusil qui avait tué la jument de Madeleine n’avait été qu’une maladresse de Schulmann, emporté par la fougue brutale de son caractère.
Tout s’était passé à peu près comme l’avait disposé l’Allemand.
Mais le résultat n’avait pas répondu à son attente. La prudence en même temps que la fermeté de Wagha-na avaient évité un conflit qui aurait certainement amené de dangereuses complications.
Gisber était profondément humilié. Son machiavélisme n’avait rien produit d’efficace.
Ulphilas trouva l’occurrence tout à fait naturelle pour rentrer en scène et reprendre la haute main dans la direction de la commune entreprise. Et comme Schulmann avouait qu’il était, suivant l’expression vulgaire, au bout de son rouleau, Pitch se trouva fort bien servi par les circonstances lorsqu’il suggéra, au lieutenant américain l’idée de se débarrasser des Comanches, voisins toujours désagréables, en les lançant à la poursuite des Sioux.
Le plan réussit à merveille. Les sauvages agréèrent sur-le-champ l’offre de dépouiller leurs frères selon le sang.
Ils y mirent néanmoins une condition : celle d’être accompagnés par deux blancs.
Leur méfiance ne désarmait point. Ils mettaient en pratique la parole que Virgile place dans la bouche de Laocoon : « Je redoute les Grecs jusque dans leurs présents ».
Cela entrait trop bien dans les vues de Pitch et de Schulmann pour qu’ils n’acceptassent point de se faire sur-le-champ les guides et les conseillers des Indiens.