Ils les suivirent donc mêlés à leurs rangs et leur fournissant deux carabines de renfort. Mais ils eurent soin de se dissimuler de manière à n’être pas reconnus d’emblée, ce qui eût été vraiment trop dangereux.
Après le double échec de leurs alliés, ils désespérèrent du succès.
Mais Ulphilas Pitch n’était pas homme à se décourager longtemps. Dès qu’il comprit que l’humiliation des sauvages se tournerait en fureur à rencontre des conseillers malencontreux qui les avaient poussés à une tentative aussi désastreuse, il n’attendit point que l’orage se déchaînât.
Ce fut lui qui prit les devants. Il adressa au chef Comanche les reproches les plus acerbes sur son impétuosité maladroite, l’accusant d’avoir fait preuve d’autant d’incapacité que de jactance. Puis quand il jugea les esprits suffisamment excités, il laissa échapper à dessein cette phrase pleine de provocations :
— Si j’avais seulement cinquante hommes résolus avec moi, je me ferais fort de causer à Wagha-na un dommage sans précédent. Le Bison Noir ne s’en relèverait pas.
De telles paroles étaient faites pour donner aux Indiens un vif désir de connaître le dessein du Yankee. Ils ne manquèrent pas de l’interroger avidement. Et comme Ulphilas refusait dédaigneusement de répondre, le chef, emporté par cette même fougue irraisonnée qui lui avait valu ses deux défaites, s’écria :
— Que le Yanghis dise sa pensée et je m’engage à l’accompagner où il voudra avec cinquante de mes plus braves guerriers.
Alors Pitch consentit à parler. Il expliqua que la meilleure manière de frapper Wagha-na était de surprendre et d’enlever Madeleine. La perte de la « Fée » serait un coup mortel à la fois pour le vieux chef et pour l’association qu’il avait créée, tant était grande la confiance superstitieuse que ses membres plaçaient en la jeune fille.
En s’exprimant de la sorte, Ulphilas disait la vérité.
Le Bison Noir n’avait jamais eu de famille. Le meilleur de son cœur, il l’avait donné à cette enfant, fille de son plus intime ami et dans les veines de laquelle coulait un peu de son propre sang, puisqu’elle était, par sa mère, descendante des métis de race rouge.