Ce fut Sourbin qui parla le premier.

— Le marché tient toujours, dit-il brièvement. Mais j’y mets une condition de plus.

— Laquelle ? demanda hâtivement le Yankee.

— Il faut que vous me débarrassiez d’un certain Georges Vernant. Il est, en effet, le fiancé de ma cousine et, lui vivant, je ne puis devenir le mari de celle-ci. Il est donc urgent de m’en délivrer.

L’Américain haussa les épaules avec un vague sourire. Si Sourbin eût interprété sagement ce sourire, voici ce qu’il y aurait démêlé : « Il nous importe peu que tu épouses ou n’épouses pas ta cousine, pourvu que tu recueilles sa succession ».

Mais Léopold ne devina point ce sens caché ; il se contenta de la promesse donnée par Ulphilas que, dès le lendemain, il serait délivré de la rivalité de Georges Vernant.

Et, comme les Sioux n’étaient plus visibles à l’horizon, le cousin de Madeleine piqua des deux pour les rejoindre, comprenant que son éloignement prolongé pourrait éveiller des soupçons.

Quand il les rejoignit, il prétexta un accident, une chute qu’il avait faite. La raison était acceptable ; elle avait même toute vraisemblance, les précédentes chevauchées de Sourbin ne lui ayant pas précisément assuré la réputation d’un écuyer sans défauts.

Il ne remarqua point, d’ailleurs, le fauve regard avec lequel l’accueillirent simultanément Wagha-na, Sheen-Buck et le vieil Irlandais Joë O’Connor.

La colonne poursuivit sa marche sans incidents. Elle atteignit ainsi, le lendemain, les bords de la rivière Murray, un des affluents de la Saskatchewan du Sud, cours d’eau rapide, à peine guéable en deux ou trois passes difficiles, et qui se cache sous d’épaisses forêts, propices aux embûches et aux attaques par surprise.