C’était le lieu que Pitch et ses acolytes indiens avaient choisi pour y tenter leur coup de main.

Et, en vérité, ils avaient bien choisi. Le Murray coulait entre des rives fort escarpées couronnées de bois vivaces. Le chemin que devaient suivre les Sioux pour atteindre le gué de la rivière était lui-même bordé de collines boisées, dont quelques-unes, séparées entre elles par des sentiers que l’on eût dits taillés au pic dans le granit, formaient d’imposantes falaises. Ce chemin, fort étroit, obligeait les chasseurs à s’avancer en colonne de deux ou trois cavaliers de front.

Le Bison Noir donna donc l’ordre au chef Sioux de prendre la tête du défilé et de faire passer au plus tôt la rivière à ses hommes.

Lui-même, observant partout la même discipline, se plaça au centre avec Georges, Madeleine, Léopold Sourbin et ses deux inséparables lieutenants, Joë et Sheen-Buck.

Il se trouva qu’en la circonstance cette disposition était la pire de toutes, puisqu’elle allait faciliter l’attaque des Comanches.

En effet, au moment même où Wagha-na et ses compagnons atteignaient l’angle d’un des chemins tracés par la nature dans l’épaisseur des versants boisés, ils se trouvèrent brusquement séparés de l’avant-garde que Chinga-Roa avait déjà fait passer sur l’autre rive du Murray.

Le guet-apens avait été réglé avec une parfaite entente de cette guerre de ruses.

Pitch et Schulmann, ne tenant point à s’exposer aux coups, s’étaient abrités avec leurs bêtes sous une large anfractuosité des roches. Seuls, le cacique des Comanches et cinq de ses plus robustes compagnons se tenaient, la lance ou la hache à la main, prêts à fondre à l’improviste sur l’escorte qu’ils prendraient ainsi de flanc.

Tout se passa comme le Yankee l’avait ordonné. La malchance voulut que Madeleine, obéissant peut-être à une surexcitation soudaine de sa monture, fût emportée d’une dizaine de mètres en avant de ses compagnons.

Une clameur sauvage éclata. Plus rapide que la pensée, le Comanche se rua sur la jeune fille et, l’arrachant de sa selle, la jeta violemment en travers de la sienne. Puis, sans s’occuper du combat que ses compagnons soutenaient derrière lui contre les amis de Madeleine, revenus de leur stupeur, il se mit à fuir, accompagné de Gisber et d’Ulphilas, par le sentier étroit qui séparait les deux murailles de la falaise.