Wagha-na ne se fut pas plutôt rendu compte de l’agression qu’avec un cri de rage, il se jeta sur les Comanches qui barraient le passage. Trois fois de suite sa hache abattit un adversaire. A ses côtés, Georges, Joë et Sheen-Buck, avaient, eux aussi, accompli de foudroyantes prouesses. Pas un des compagnons du cacique n’avait échappé à leurs terribles coups.

Mais c’étaient là des exploits inutiles. Tandis qu’ils luttaient victorieusement contre les Indiens, le chef de ceux-ci fuyait à toute vitesse, emportant Madeleine évanouie. Car dans le choc qui s’était produit, la tête de la jeune fille avait heurté violemment un des rochers de la falaise. Seule son épaisse chevelure l’avait préservée d’un plus grave accident.

Cependant la place était déblayée, et le Bison Noir avait recouvré sa présence d’esprit.

Tout de suite, il se rendit compte de l’effroyable danger que courait l’orpheline.

Il ne s’expliquait point que les bandits l’eussent enlevée au lieu de la tuer. Une seule hypothèse se présentait à son esprit pour expliquer ce caprice des ennemis. Sans doute, ils comptaient encore sur l’hypothèse d’un mariage entre Madeleine et son cousin, solution infiniment plus pratique que celle d’un meurtre peut-être inutile.

Mais si cette solution satisfaisait Pitch et Schulmann, il n’était pas sûr qu’elle fît le compte du chef comanche.

Celui-là, à coup sûr, n’entrait pour rien dans les combinaisons et les calculs de Sourbin et de ses complices. Il n’avait agi, lui, que pour prendre sa revanche des deux échecs subis, pour satisfaire son désir de haine et de vengeance contre Wagha-na et ses complices ; celui-là réclamerait la mort de l’infortunée jeune fille ; il menacerait ses associés provisoires, et, comme, après tout, ceux-ci pouvaient se contenter de cette terminaison tragique du drame, ils ne feraient qu’une résistance de pure forme aux exigences de l’Indien.

Il fallait donc arracher au plus tôt, et par tous les moyens, Madeleine aux mains du féroce sauvage.

En cet instant critique la décision devait être prompte, l’action la suivre sans retard. Le puissant esprit du Bison Noir conçut un plan rapide qu’il mit à exécution sur l’heure.

A ses côtés se tenait Léopold Sourbin. L’ahurissement et l’épouvante se lisaient en grosses lettres sur son visage. Il était impossible un seul instant de croire que le coup de main accompli par ses complices eût été prémédité de concert avec lui.