— Allons ! fit-elle, je vous dois des remerciements pour m’avoir délivrée d’une crainte, celle de vous prendre pour d’honnêtes gens.

Je vois que je ne m’étais pas trompée. Vous êtes deux misérables.

Elle s’accouda, leur tournant le dos, pour méditer plus à l’aise sur les événements, soutenue, d’ailleurs, par le légitime espoir de se voir bientôt secourue par Wagha-na et ses amis de Dogherty.

Mais une nouvelle épreuve lui était réservée.

La porte de la hutte s’ouvrit et un nouveau personnage y pénétra, lui donnant une seconde fois la sensation désagréable qu’elle avait éprouvée au moment du rapt. Celui-ci n’était autre que l’Indien qui l’avait enlevée, le chef des Comanches.

Il vint s’asseoir sur le sol, presque à toucher la prisonnière, et, d’un accent où éclatait l’orgueil du triomphe et la satisfaction de la vengeance accomplie, il dit :

— Wagh ! L’Ours Gris est un chef invincible ! Il a vaincu le Bison Noir et les traîtres qui le servent. Il a pris la fille de Wagha-na. L’Ours gris emmènera la femme blanche dans son wig-wam. Il fera d’elle l’esclave de ses squaws.

Madeleine comprenait tous les dialectes indiens. Ces paroles la troublèrent profondément. Elle dissimula néanmoins l’angoisse qui l’oppressait, pour ne point ajouter à la joie de son persécuteur. Celui-ci poursuivit :

— Magua a su vaincre ses ennemis, malgré leurs carabines. Il a tué Chinga-Roa, chef des Sioux ; il a pris la chevelure de Wagha-na et des blancs qui étaient ses alliés. Magua est un grand chef.

C’était la seconde fois que le Comanche se vantait de cet exploit.