Madeleine ne s’alarma point outre mesure. Elle connaissait l’habituelle forfanterie des Indiens. C’est chez eux une manière de tourmenter leurs ennemis afin de provoquer en eux une défaillance.

Cette indifférence de la prisonnière eut le don d’exaspérer le chef des pillards du Sud.

— La femme au visage pâle sera la servante du wig-wam, prononça-t-il en donnant à ses inflexions aussi bien qu’aux traits de son visage une expression plus méchante. Les squaws de l’Ours Gris la mèneront à coups de corde. Elles lui arracheront ses beaux cheveux et les ongles de ses pieds et de ses mains, et les yeux dont elle est si fière.

Dédaigneuse, Madeleine continua à garder le silence.

Alors l’irritation du chef ne connut plus de bornes. Il se leva et, d’un geste violent, saisissant le bonnet de fourrure qui protégeait la tête de la jeune fille, il la tira par ses longs cheveux dénoués.

La secousse fut si rude, la douleur si atroce que Madeleine s’évanouit pour la seconde fois.

Par bonheur, Pitch et Schulmann intervinrent. Ces brutalités ne faisaient pas leur affaire. Aussi dégradé que soit un homme, il n’aime point à voir souffrir une femme ou un enfant, à moins qu’il ne soit lui-même sous l’empire de l’ivresse ou d’une colère aveuglante. Ils consentaient à tuer leur victime, mais ils ne voulaient point lui faire la mort cruelle.

Ce fut Gisber en personne qui se fit, en cette circonstance, le protecteur de l’orpheline.

Il se jeta sur l’Indien et, grâce à son énorme vigueur, l’eut promptement maîtrisé.

Magua, furieux et grinçant des dents, porta la main à sa ceinture où brillait son tomahawk au fer acéré et luisant.