— Tout est bien qui finit bien, prononça presque gaiement le chef pawnie en reprenant avec ses hommes le chemin du campement. Au moins, de cette façon, ces deux bandits m’ont épargné l’ennui de les pendre moi-même.

On dut refaire au petit trot tout le chemin fiévreusement parcouru depuis l’avant-veille. L’état de fatigue extrême auquel se trouvait réduite l’orpheline ne permettait point, en effet, une allure plus rapide.

Bientôt même on dut faire halte au bord du Murray. Chinga-Roa et ses Sioux y avaient dressé leurs tentes pour attendre le retour de leurs compagnons lancés à la poursuite. Ceux-ci rencontrèrent même le jeune chef qui, avec quarante cavaliers, s’était porté au-devant d’eux pour les soutenir s’ils en avaient besoin. Leur joie fut aussi profonde que sincère en reconnaissant leurs amis victorieux.

Mais, en arrivant au camp, Madeleine chancela sur sa selle. Aux questions pleines de sollicitude posées par son père adoptif et son fiancé, la jeune fille répondit avec effort, péniblement même, demandant qu’il lui fût permis de se reposer quelques instants.

On dressa donc sous la tente de Wagha-na un lit de camp, sur lequel Madeleine s’étendit avec une satisfaction manifeste. Hélas ! Elle ne s’y délassa guère. Une fièvre ardente, entrecoupée de délire et de coma, s’empara d’elle et, sur-le-champ, les plus graves inquiétudes torturèrent l’esprit de ses amis.

Ce furent de cruelles angoisses, pour tous, mais plus particulièrement pour les deux hommes dont la vie était en quelque sorte consacrée au bonheur de l’orpheline.

Wagha-na et Georges Vernant veillèrent à tour de rôle auprès de la pauvre enfant en proie à tous les assauts d’une congestion cérébrale. Dans ces régions éloignées de tout secours de la science, force est bien aux hardis pionniers qui les parcourent de suppléer eux-mêmes à l’office des médecins et des pharmaciens.

Par bonheur, Wagha-na, dans son long séjour en Europe, aussi bien que depuis son retour en Amérique, avait poussé fort avant des études médicales qui eussent fait honneur à plus d’un praticien renommé de l’ancien continent.

Son sac de voyage renfermait, entre autres choses utiles, une trousse complète et une petite pharmacie tenue au courant de tous les moyens employés par la pharmacopée contemporaine. Il y avait là dedans la farine de moutarde unie aux vésicants les plus énergiques, la quinine et la belladone sous leurs formes les plus diverses et leurs quantités les mieux dosées, les drogues dépuratives ou sédatives, les purgations douces ou violentes.

En un clin d’œil, Madeleine fut couverte de sinapismes et entourée de compresses d’eau glacée.