Ils avaient donc attendu la venue de la « fée » pour lui exposer le délicat problème. En outre, la présence de Wagha-na leur assurait le concours d’un jugement très sûr, d’une sagacité éprouvée.
Aussi, lorsque Georges Vernant, à son lever, fut descendu dans la salle à manger de la maison que les colons de Dogherty avaient bâtie en belle pierre pour leur jeune souveraine, vit-il celle-ci se présenter à lui en simple et claire toilette de femme du monde qui n’a plus qu’à mettre son chapeau sur sa tête.
Il s’inclina devant la matineuse jeune fille, s’étonnant un peu qu’elle fût levée d’aussi bonne heure. Le jour, en effet, venait à peine de paraître, et le lac était couvert de brumes blanches, moutonnant comme des flocons de laine sur le dos d’un troupeau de moutons.
— Vous vous préparez donc à sortir, Mademoiselle ? demanda-t-il gaiement à Madeleine.
— Oui, Monsieur, répondit-elle, et pour affaires graves.
Et elle lui exposa le cas difficile que l’on soumettait à sa compétence.
— Vous le voyez, dit-elle, j’ai grand besoin que la sagesse divine m’assiste en cette occasion. Mes chers concitoyens me font juge d’un cas auprès duquel celui qu’eut à trancher le grand roi Salomon n’était qu’un jeu… d’enfants au berceau.
— Vous ne pouviez mieux dire, Mademoiselle, répliqua Georges, riant du mot de la jeune fille.
Il ne pouvait se défendre d’une véritable surprise en face de cette simplicité des âges primitifs, qui remettait à l’intuition, presque à l’instinct de cœur d’une femme à peine entrée dans la vie la solution d’un problème qui tenait en suspens la prudence de plusieurs hommes mûrs.
Madeleine n’était pas sans s’être aperçue de cet étonnement de son hôte, et peut-être allait-elle s’en expliquer avec lui, lorsque son père d’adoption entra à son tour dans la salle à manger.