Tout de suite, il mit Léopold Sourbin au courant de la situation, et un plan à double fin fut ourdi par eux.

La meilleure, mais non la plus facile des solutions, était celle d’un mariage possible entre le Français et sa cousine.

Les deux complices étudièrent cette combinaison. Elle ne leur parut point chimérique au premier abord. Mais comme Léopold ne tenait aucunement à se montrer avant l’heure, ne voulant paraître que pour cueillir le fruit à point nommé, il laissa à son bon ami et compère Ulphilas le soin de diriger cette délicate entreprise.

De son côté, Pitch, ne se fiant pas outre mesure au succès éventuel d’une tentative à laquelle la personnalité de son client n’apportait que de médiocres chances, résolut de préparer en même temps la seconde ressource, celle-là plus sûre à son avis, puisqu’on n’a jamais besoin du consentement d’un individu pour le supprimer.

Ce fut dans ce but qu’il s’adjoignit pour bras droit l’Allemand Gisber Schulmann, homme de sac et de corde, celui-là, prêt à tous les mauvais coups, pourvu qu’il y trouvât une occasion de gagner de l’argent.

Or l’occasion se présentait, cette fois, souverainement tentante pour des coquins.

A leur tour, ils s’étaient rapidement concertés et, pour première décision, s’étaient résolus à porter le siège de leurs opérations au cœur même du territoire ennemi.

Ils venaient d’en être expulsés d’une manière tout à fait humiliante, et la rage qui bouillonnait dans l’âme ulcérée de Schulmann l’emportait déjà aux pires résolutions. Mais Pitch, beaucoup plus calme par tempérament, instruit par de nombreuses et cruelles expériences, avait cette philosophie spéciale qui consiste à savoir accepter l’inévitable. Il se disait qu’on ne violente pas la fortune et que toute l’habileté du sage réside dans la clairvoyance avec laquelle il doit regarder venir la fantasque déité sur la roue perpétuellement en mouvement.

Il ne se décourageait donc jamais, et, battu sur un point, portait immédiatement sur un autre l’effort de son intelligence jamais lassée, sans cesse en éveil. Et, ce faisant, il mettait en pratique l’aphorisme de son illustre compatriote Benjamin Franklin.

— « Patience et persévérance sont le secret de bien des fortunes. »