Mais ils n’eurent pas le loisir de laisser voir leur contrariété en quittant la maison.

Un homme qu’ils n’avaient point remarqué et qui, depuis leur entrée, les dévisageait d’un coin plus obscur du réfectoire, se leva brusquement et, les mains tendues, la face hilare, vint à leur rencontre en s’écriant :

— Ah ! mon cher Pitch, je ne m’attendais guère à vous voir aujourd’hui !

Ulphilas dissimula une seconde grimace. Le personnage s’était, lui aussi, exprimé en langue française.

Mais ce n’était point là le motif de la contrariété éprouvée par l’agent d’affaires. Cette contrariété avait une cause bien autrement grave. Elle venait de ce fait que dans l’hôte nouveau du Bon Roi Henri le Yankee venait de reconnaître Léopold Sourbin, le cousin de Madeleine Kerlo, celui pour le compte duquel il travaillait avec le secret espoir de travailler plus encore pour lui-même.

Elle était fâcheuse, cette rencontre. Elle se produisait trop tôt.

Aussi maître qu’il fût de lui, l’Américain n’en laissa pas moins percer son dépit. Toutefois, afin de se donner une meilleure contenance en face de son client, il lui présenta le nommé Gisber Schulmann que Sourbin ne connaissait pas encore.

Le Français n’avait pas été sans s’apercevoir du mécontentement de son mandataire. Il n’en tint pas compte, bien qu’une telle découverte eût fait naître en lui des soupçons. Mais pressé de savoir, il questionna Pitch avec insistance.

— Eh bien ! mon digne ami, comment vont nos affaires ?

Ulphilas ne crut pas devoir dissimuler. De quel profit lui aurait-il été de taire ce que l’autre ne tarderait point à apprendre ?