Il répondit donc, accentuant de ses sourcils froncés et de sa mine revêche les mauvaises nouvelles de sa parole :

— Mal, cher Monsieur, très mal.

Sourbin s’alarma. Mais chez ce malandrin retors il y avait du Gascon, prompt à se l’assurer lui-même. Il se dit que, très certainement, Pitch exagérait. En quoi les « affaires » pouvaient-elles « aller mal », puisque, jusqu’à ce moment, on n’avait, pour ainsi dire, rien entrepris de sérieux ?

Il se fit expliquer les paroles de l’ancien sollicitor ; et quand celui-ci lui eut raconté tout au long l’histoire de leur échec dans la station de Dogherty, le Français se sentit complètement rassuré.

— N’est-ce que cela, mon cher monsieur Pitch ? fit-il. C’est un bien petit malheur. Allons, je vois que j’ai bien fait de ne point attendre une lettre de vous pour revenir. Je puis encore réparer ce qu’il y a de compromis.

Et, en effet, Léopold Sourbin ne s’alarmait aucunement. Même, il n’était pas éloigné de se réjouir de l’échec subi par ses associés en félonie. Cela liquidait la situation et lui permettait de se débarrasser d’acolytes maladroits et gênants.

Mais cette bonne pensée n’eût certainement pas fait le compte des deux flibustiers qu’il s’était adjoints et qui n’entendaient point se laisser remercier de la sorte sans toucher leurs gages et, surtout, sans palper la part de dividendes qu’ils espéraient de « l’affaire ». Aussi, Pitch, le dîner fini, envoya-t-il l’épais Gisber se coucher et, demeuré seul en face du cousin de Madeleine, lui tint-il ce discours aussi laconique que significatif.

— My good fellow, il est convenu que, quelle que soit l’issue de notre entreprise, nous la poursuivons en commun, et que ma part dans les bénéfices sera de trente-trois pour cent. Je ne vous rappelle ces choses que pour le cas, d’ailleurs invraisemblable, où vous auriez eu à souffrir de quelque trouble de la mémoire.

IV
MONSIEUR SOURBIN

Le cousin de Madeleine Kerlo fut un instant décontenancé.