— Tu vas prendre le meilleur cheval de l’écurie. Tu partiras dès l’aube, à franc étrier pour Dogherty. Quand tu auras rejoint Wagha-na, tu lui donneras cette lettre. Si, par hasard, il était parti pour quelque autre station, tu confierais la lettre à Cheen-Buck ou à Joë, en leur recommandant de l’envoyer le plus tôt possible au chef. Il y a urgence.

Cette mission, Pierre Jacquemart le savait, allait être fidèlement remplie.

Le lendemain de ce jour, dès que l’émissaire eut pris une avance assez considérable pour pouvoir avertir à temps le chef indien, Pierre Jacquemart, à son tour, accompagné de Léopold Sourbin, s’élança sur le chemin de la station de Dogherty.

Ni Wagha-na, ni Madeleine n’avaient encore quitté la ville naissante.

L’Indien reçut courtoisement le nouveau venu. Il le présenta à Madeleine en termes polis, mais sans aucune note de bienveillance. La conversation fut banale et l’on ne précisa aucun détail.

Si bien que le Français s’alarma de cette réserve. Il voulut, sur-le-champ, en avoir le cœur net.

Il demanda donc au Bison Noir un entretien particulier. Comme Wagha-na n’avait aucune raison de lui refuser cet entretien, il le lui accorda sur l’heure. Laissant donc Madeleine et Georges Vernant à la station, l’Indien offrit à son visiteur une promenade sur le lac. Ils y pourraient mieux converser, à l’abri d’oreilles indiscrètes, car il était facile de prévoir que le débat allait être grave.

Lorsque les deux hommes se furent assis dans une élégante baleinière, l’Indien au gouvernail et tenant l’écoute de la voile, le dialogue s’engagea sur le ton de la plus parfaite urbanité.

— Je vous écoute, Monsieur, commença Jean.

— Monsieur Wagha-na, répondit Sourbin, qu’intimidaient l’affabilité, la distinction et l’aisance de manières de son interlocuteur, j’éprouve quelque embarras à aborder le sujet.