— Oui, ajouta Cheen-Buck, tout aussi gouailleur, ici c’est comme à Chicago : le gibier vient se mettre lui-même dans la machine.

Il n’avait pas achevé sa plaisanterie qu’une série de sons bizarres éclatèrent, poussés par des cornes gigantesques.

— Oh ! oh ! Qu’est-ce que c’est que ça ? s’exclama l’inconvainquable Léopold.

— Ça, c’est le rappel de la cuisine, comme je vous le disais.

Et Wagha-na, enchérissant sur la plaisanterie de Cheen-Buck, ajouta :

— Un peu comme en Suisse. Seulement, ici, nous l’appelons le Ranz des porcs.

Il lit monter ses hôtes dans la maison qu’il s’était réservée, et, du haut du balcon qui la ceinturait, ceux-ci purent assister à un fort curieux spectacle, auquel ils ne s’étaient point attendus.

De tous les points cardinaux surgirent dans la plaine d’innombrables troupeaux de porcs gris, vêtus d’une fourrure infiniment plus soyeuse et plus épaisse que celle de leurs congénères d’Europe. Poussés par de robustes chiens et suivis par des valets de ferme indiens, armés de fouets interminables, les Suiliens accoururent en bandes régulières et dociles et se distribuèrent en groupes qui, tous, allèrent s’enfermer derrière les palissades de kraals destinés à les recevoir.

Léopold Sourbin n’épuisait point ses étonnements. Il n’était pas au bout de ses questions :

— Mais, savez-vous, Monsieur Wagha-na, que tous ces animaux doivent être d’un entretien difficile ? Avec quoi les nourrissez-vous ?