L’Indien, cette fois, n’y put tenir. Il se mit à rire de bon cœur.

— Ah ! çà, Monsieur Sourbin, vous figurez-vous, par hasard, que c’est pour l’unique agrément de les promener que nous les lâchons dans la campagne tous les matins, et que nous les ramenons tous les soirs ?

— Alors, vous les traitez comme de vulgaires moutons ? Vous les envoyez paître, tout simplement ?

— Comme vous dites : nous les envoyons paître. Ils se nourrissent eux-mêmes, au petit bonheur. Dame ! comme disent les Bretons, ils ne font pas de la graisse à ce régime ; mais ils trouvent encore à manger, ne serait-ce que les serpents qui pullulent en ce pays et dont vous avez pu voir de si près un si vilain échantillon.

— Pouah ! se récria le cousin de Madeleine, vos cochons mangent des serpents ?

— Mais oui, et c’est tout profit pour nous, puisque nous mangeons les cochons qui nous débarrassent des serpents.

On conversa de la sorte jusqu’à l’heure peu avancée où les voyageurs goûtèrent la joie du repos sur de forts bons lits, n’ayant point eu, depuis six jours, l’usage de ce meuble essentiellement utile.

De même qu’on s’était couché de bonne heure, on se leva de grand matin.

On assista de la sorte à l’exode des troupeaux de porcs. Puis d’autres sons de cornes et de trompettes annoncèrent l’approche des tribus indiennes qui venaient camper au village pour quarante-huit ou soixante-douze heures.

Ce fut vraiment un coup d’œil magnifique à contempler.