— Mes chers hôtes, s’écria Wagha-na en se levant, c’est aujourd’hui l’anniversaire de ma fille Madeleine. J’ai tenu à le fêter avec vous. Buvons à sa santé !
Toutes les flûtes à champagne, — car ce détail même n’avait point été négligé, — répondirent à ce toast. Ce fut une vraie joie pour tous ces hommes à la nature fruste, mais généreuse, de s’unir au vœu de leur chef. Et Léopold Sourbin, pour la première fois de sa vie ressentit quelque chose qui ressemblait à un remords, en songeant que, naguère encore, il formait l’abominable projet d’assassiner cette belle jeune fille assise en face de lui.
— A demain pour le premier passage des bisons ! conclut Joë O’Connor.
VI
UNE MARÉE VIVANTE
On s’éveilla comme la veille, au son des cornes. Mais cette fois, elles ne faisaient que répondre à de lointains appels, venus des extrémités de la plaine. En un instant tout le monde fut sur pied, et lorsque Wagha-na souhaita le bonjour à ses amis, son premier mot fut pour leur dire :
— A cheval, Messieurs. Les bœufs ne viendront pas nous rejoindre ici. C’est à nous d’aller à leur rencontre.
— A quelle distance environ ? questionna Georges Vernant.
A deux lieues à peu près, un peu plus, un peu moins. Las chasseurs de l’autre côté nous avertissent.
On se sépara sur l’heure des tribus qui remontaient au nord et à l’est. Puis, la carabine au dos, le couteau de chasse à la ceinture, le lasso enroulé sur l’arçon, on s’élança vers les horizons de l’ouest.
Wagha-na ne s’était pas trompé. A un peu plus de cinq milles du campement, on rencontra les premiers éclaireurs de la peuplade qui chassait. Ils firent connaître qu’un troupeau de six cents têtes environ avait passé la veille à quarante milles au nord, et que son approche était signalée depuis les premières heures de l’aube.