Toutefois une difficulté se présentait sur laquelle on n’avait pas compté.

L’énorme armée des bisons venait directement sur la plaine. Si elle s’y engageait, il fallait considérer la chasse comme perdue, car, sur cet immense espace pierreux et découvert, il serait impossible aux chasseurs de dissimuler leur présence. Les bœufs ne se laisseraient point approcher.

Dès lors, il ne resterait à leurs adversaires que la maigre ressource d’abattre à coups de fusils quelques individus isolés, — pauvre consolation qui n’allait point elle-même sans offrir de nombreux périls.

L’effort des traqueurs tendait donc à faire dévier la marche du troupeau vers les prairies herbeuses dans lesquelles il devenait beaucoup plus facile aux chasseurs de se cacher. Si l’on n’y pouvait entraîner la masse entière, du moins essaierait-on d’en détourner un groupe, une importante fraction.

— Combien êtes-vous ? — demanda Wagha-na au chef Sioux qui menait la colonne.

— Cinq cent vingt, pas un de plus, — répondit celui-ci.

— En effet, remarqua le Bison Noir, cinq cent soixante-dix avec les cinquante que nous sommes. C’est vraiment peu pour huit cents bœufs sauvages !

Ils n’eurent ni le temps ni le loisir de fournir un plus long entretien.

Une rumeur sourde, continue, profonde, venait de s’élever au nord-ouest.

C’était comme le bruit des grandes eaux perçu par un jour de tempête, ou comme les clameurs d’une foule à une grande distance. Bientôt, à ces sons confus succéda une sorte de long ronflement analogue à celui du vent ; une nuée épaisse de poussière soulevée annonça l’approche du troupeau, précédée elle-même par une longue trépidation de l’air et du sol.