Aussi Wagha-na donnait-il l’exemple comme il avait donné le conseil.
Penché sur le cou de son cheval Gola, il l’animait par des paroles encourageantes, tantôt le flattant de la paume, tantôt le fouaillant avec l’extrémité du bridon qu’il tenait dans sa main gauche.
Et, tout en courant, il se retournait sur sa selle et jetait de nouveaux encouragements à sa troupe.
— Hardi, vous autres, hardi ! Poussez vos bêtes ! Il n’y a pas une minute à perdre.
C’était véritablement effrayant, cette course à travers la prairie aride.
A ses côtés, l’Indien retrouvait Madeleine, écuyère consommée et infatigable. Tout auprès d’elle, Georges Vernant, Cheen-Buck, Joë O’Connor, allaient de la même allure rapide et sûre. Puis venait le peloton des cavaliers venus de Dogherty et des environs, escorté par quelques-uns des habitants du campement. Enfin, fermant la marche, emporté par le galop vertigineux de son cheval, le même qui, l’avant-veille, l’avait si lestement désarçonné, Léopold Sourbin suivait fiévreusement et péniblement la colonne.
Il n’était que temps. Le troupeau arrivait en longue ligne, pareille à une armée en bataille. On la voyait maintenant onduler, se fermer, s’ouvrir, fléchir sur un point, se rompre et gagner sur un autre, selon que le terrain, médiocrement accidenté pourtant, offrait à l’immense front un obstacle ou une déclivité.
Et il semblait que cette ligne allât se perdre aux bornes mêmes de l’horizon.
Le danger était si grand que Wagha-na, inquiet pour ses compagnons, en semblait perdre son sang-froid ordinaire.
Il s’oubliait au point de mêler, dans ses exclamations en langue indienne ou française, des mots de langue anglaise.