C’était la première fois que la jeune fille se servait de ces mots « mon cousin », en lui parlant.

Cette anomalie, par elle-même, était déjà suffisamment instructive. Mais si l’on y joignait les paroles prononcées, la leçon prenait une signification bien autrement grave.

Sourbin voulut parler, répondre quelque chose. Aucun mot ne vint à ses lèvres.

Il attacha sur sa compagne un regard vague, maladif, qui, mieux que tout autre signe, donna à Madeleine l’intuition de l’état d’âme de son peu intéressant « cousin ».

Au reste, ni l’un ni l’autre n’avait le temps de faire à loisir des réflexions de morale ou de philosophie.

Ce n’était pas tout que d’avoir gagné le bois. Il ne pouvait, en effet, leur offrir qu’une protection essentiellement provisoire. Rien n’empêchait les bœufs sauvages de l’envahir pour y poursuivre les chasseurs. Mais, là, du moins, ils ne pouvaient attaquer qu’isolément, et l’avantage restait à leurs ennemis dans cette rencontre en tirailleurs.

Cependant l’avant-garde du troupeau, fidèle à sa consigne, bien qu’un instant décontenancée par le fracas de l’arme à feu et la chute d’un de ses mâles, n’en continuait pas moins sa course à travers la plaine. Ce n’était plus son affaire de relancer les chasseurs. Les taureaux s’en tenaient à leur rôle d’éclaireurs.

Les cavaliers eurent donc le temps de gagner l’intérieur des sapins, où ils se tinrent en arrêt, attendant le passage de la troupe.

Elle passa sans rompre sa ligne, et, pendant un moment, ce fut un effrayant vacarme de mugissements, tandis que la terre tremblait sous les pieds fourchus des redoutables bêtes. On voyait les taureaux guider la masse par escouades régulières, comme auraient pu le faire des sous-officiers de l’espèce bovine. Derrière eux se pressaient les vaches, alourdies par leurs mamelles gonflées de lait, et les veaux bondissant, sans s’écarter de la communauté familiale.

Ce fut comme le mascaret de quelque fleuve soudainement gonflé par le flux.