Mais cette première vague dont le choc eût tout broyé, si on l’eût subi de front, ne causa aucun dommage sur ses flancs. Il était visible que les bœufs avaient hâte de gagner les pâturages ou, tout au moins, de traverser cette plaine nue qui leur paraissait sans doute à eux-mêmes semée de périls et d’embûches.
— Ah ! fit, Joë, exprimant un regret, voilà le troupeau passé ! Voilà une belle occasion perdue !
L’un des éclaireurs Sioux répondit, en entendant cette plainte :
— Nos frères Sioux ont du rabattre une partie du troupeau. Il y en avait plus que cela hier matin.
— Es-tu sûr de ce que tu dis là ? — demanda Wagha-na.
— Oui, parfaitement sûr. D’ailleurs tu ne vas pas tarder à t’en apercevoir toi-même.
Il disait vrai.
Une demi-heure environ s’écoula, au bout de laquelle de nouveaux mugissements, de nouvelles trépidations ébranlèrent l’atmosphère, Seulement le bruit et le frémissement étaient bien moindres. En outre, des clameurs confuses, des sons de trompes, des aboiements de chiens s’y mêlaient, attestant, la présence des chasseurs auprès du troupeau traqué.
— Attention ! cria Cheen-Buck, je les vois venir.
Nos frères Sioux ne savent pas que nous sommes ici. Ils dirigent le troupeau sur nous.