— Non, répondit-elle en riant, ce ne serait pas absolument correct.

— Il me semble pourtant que tout à l’heure…

— Tout à l’heure, nous ne chassions pas. C’est nous qui étions chassés. Et puis, vu la position critique où vous vous trouviez, j’ai cru pouvoir déroger aux règles ordinaires de la chasse aux buffles.

Elle riait en disant cela, mais ce rire parut à Sourbin moins cruel que le persiflage d’O’Connor.

— A propos, fit-il, et ce bœuf que vous avez tué ? Est-ce que nous n’allons pas le ramasser ?

— Rassurez-vous. Nous le ramasserons tout à l’heure, avec les autres.

Et la gracieuse amazone, rendant la bride à sa monture, s’élança à la rencontre des cavaliers indiens qui accouraient brandissant le lasso ou les bolas, deux boules de fer creux reliées entre elles par une courroie d’une solidité à toute épreuve.

Le troupeau détourné était de cent cinquante têtes environ, parmi lesquelles une dizaine de mâles tout au plus. Le reste, vaches et veaux, affolés par la vue des assaillants, s’enfuyaient dans toutes les directions, pêle-mêle, n’ayant plus rien de la superbe ordonnance du gros de la troupe.

La chasse ne commençait guère qu’en ce moment. Trois ou quatre des moindres animaux, tout au plus, avaient été déjà capturés à la manière accoutumée. Par déférence pour Wagha-na, et aussi par une émulation légitime, les Indiens ne voulaient accomplir leurs véritables exploits que sous les yeux de l’homme illustre qu’ils tenaient à juste titre pour le restaurateur de leur indépendance, qu’ils nommaient avec reconnaissance le « Père » de leur race.

Alors commencèrent devant les yeux émerveillés du Bison Noir ces prouesses superbes qui font de la chasse aux bœufs sauvages l’un des spectacles les plus émouvants que l’œil humain puisse contempler.