Les Indiens s’étaient divisés en une vingtaine de groupes dont l’effort convergent tendait à rompre le faisceau des ruminants et à disperser ceux-ci, en les poussant par bandes séparées vers le bois de sapins.

Comme s’ils avaient eu conscience du piège que couvrait cette manœuvre, les animaux se pressaient les uns sur les autres, non sans perdre en chemin un des leurs demeuré en retard et qui était tout aussitôt circonvenu par les chasseurs.

Celui-ci fuyait au hasard, poursuivi à grands cris par les Indiens. Puis, au moment où, perdant toute prudence, la bête fonçait sur l’un de ses persécuteurs, celui-ci se dérobait adroitement, tandis que plusieurs autres accouraient de toute la vitesse de leurs chevaux.

Alors le plus rapproché déployait le lasso et après l’avoir fait tourner deux ou trois fois au-dessus de sa tête, lançait au loin le cercle à nœud coulant. Il venait s’abattre sur la crinière de l’animal et, resserré sur-le-champ par l’élan furieux du cheval, donnait au bison une secousse si brusque que celui-ci généralement s’abattait à moitié étranglé.

Avant qu’il n’eût le temps de se relever, un autre chasseur était sur lui et, d’un seul coup de tomahawk, lui tranchait les tendons des jambes postérieures, le réduisant ainsi à l’impuissance de se mouvoir.

Une vingtaine de bêtes furent prises ainsi en quelques minutes.

Mais le chiffre convenu d’avance, celui qui devait fournir aux Sioux leur provision de viande pour l’hiver, était de cent têtes, sans parler des jeunes bovidés que l’on emmènerait captifs aux campements, afin de renouveler le troupeau captif des vaches laitières. On avait donc encore beaucoup à faire pour achever le nombre.

Le noyau central, encore gros de cent trente bêtes, refusait de se disperser, et les Indiens, emportés par leur audace excessive, se voyaient fréquemment contraints de se dérober à une charge inattendue du troupeau.

Tout à coup, celui-ci, pris d’une panique imprévue, après avoir fourni dans la plaine une course effrénée, fit tête sur queue et, servant trop bien cette fois les intentions des chasseurs, se mit à fuir en masse dans la direction du bois.

Trop bien, en effet, car si, sous le couvert, les bœufs ne pouvaient se mouvoir aussi aisément que dans la plaine, il y devenait également plus difficile aux Indiens d’y manœuvrer à cheval.