Et, cependant, les audacieux Sioux n’hésitèrent pas à s’engager sous les sapins, à la suite de leur proie qui fuyait.
Encore une vingtaine de vaches et six ou sept veaux furent pris dans cette poursuite.
Mais, dès lors, la chasse était manquée, à moins que l’on ne s’acharnât derrière le troupeau.
Or, celui-ci avait pris la direction du sud-ouest, une direction dangereuse, d’abord parce que les fuyards pouvaient entraîner fort loin les chasseurs, ensuite parce qu’elle les rapprochait des montagnes où les fauves étaient à redouter.
Wagha-na rassembla sur l’heure le conseil des chefs, et le tint sans faire halte, au grand trot des chevaux.
Il lança tout un escadron de cent vingt hommes pour tourner le bois et tâcher de rabattre le troupeau, s’il en était temps encore. Devant la menace de perte, on décida qu’exceptionnellement il serait fait usage des armes à feu.
Hélas ! Toutes ces mesures ne donnèrent que de piètres résultats.
Lorsque, à cinq heures du soir ; la nuit étant déjà presque faite, on releva les corps gisant dans la plaine, on n’en compta que quarante-neuf, en y comprenant le taureau abattu par Madeleine Kerlo. On avait pris, en outre, treize veaux de tout âge.
C’était misérable. C’était pour la pauvre tribu la menace d’un hiver cruel, réduit à la ration, et cela précisément en une année où, par une protection visible de Dieu, la population s’était légèrement accrue.
— Non, s’écria vivement Wagha-na, il ne sera pas dit que nous abandonnons ainsi la poursuite. Faisons halte un instant. Les bœufs ne peuvent pousser bien avant. Nous allons dormir jusqu’à trois heures du matin et, à ce moment-là, nous reprendrons notre course jusqu’à ce que nous ayons retrouvé nos fuyards.