Poussant vivement leurs chevaux, ils atteignirent les fuyards. D’un mouvement nerveux, Wagha-na saisit par la bride le cheval le plus rapproché et, interrogeant le cavalier avec une sorte de violence :
— Que se passe-t-il donc ? — demanda-t-il. — Êtes-vous tous des lâches, où avez-vous été pris d’une folie soudaine ?
L’Indien, honteux, mais tout tremblant d’émotion, trouve à peine la force de répondre :
— Grizzlys.
Ce mot, si plein d’une signification terrible, suffisait à expliquer la panique.
Sans en entendre davantage, Wagha-na et Georges continuèrent à descendre l’effroyable pente.
Ce qu’ils virent alors aurait dû les glacer d’effroi si leurs cœurs eussent été capables de crainte.
Le dangereux sentier du versant, presque au point où il débouchait dans la vallée, s’engageait entre des roches éboulées formant de chaque côté comme une muraille, haute de six à sept mètres. C’était là un véritable défilé, long de deux cents toises, la plus naturelle et la mieux disposée des embuscades et qui, par un temps de guerre, eût pu fournir à des soldats, retranchés derrière ces parapets, la plus inexpugnable des défenses.
Or, sur les pierres de ce double rempart, apparaissaient, descendant avec précautions de roche en roche, six ours gris de taille gigantesque, qui n’étaient peut-être, eux-mêmes, que l’avant-garde d’une armée.
Ils s’étaient évidemment embusqués sur ce point afin d’y surprendre les antilopes.