L’arrivée des cavaliers, en troublant leur embûche savamment ourdie, les avait mis en fureur, et, maintenant, c’était à ces fâcheux inattendus que s’en prenait leur rage.

La situation était vraiment terrible.

Les Indiens qui escortaient Madeleine avaient, pour la plupart, aperçu le danger avant de s’engager dans l’étroit corridor des roches. Ils avaient donc arrêté leurs bêtes et rétrogradé. Leurs cris et leurs signaux étaient parvenus trop tard aux sept qui avaient franchi le périlleux passage.

A cette heure, ceux-ci ne devaient plus songer à battre en retraite par le même chemin.

Six ours grizzlys suffiraient à arrêter une compagnie de voltigeurs. Que pouvaient donc contre eux une poignée de cavaliers qui auraient eu à soutenir un choc presque individuel ?

L’ours gris est, en effet, l’un des animaux les plus redoutables de la création ; et les trappeurs américains le tiennent pour beaucoup plus terrible que le lion ou le tigre. A la vérité, il n’a pas, comme les grands félins de l’Afrique et de l’Asie, le ressort d’acier qui les fait bondir et rend leur choc irrésistible ; il ne peut grimper aux arbres comme le léopard et la panthère. Mais il possède une effroyable vigueur et, debout sur ses pattes de derrière, il peut saisir la tête d’un cheval. On en a vu arrêter des bisons mâles à la course en les étreignant de leurs énormes bras.

Longs et maigres, ils mesurent souvent trois mètres cinquante du museau à la naissance de la queue. Leurs os saillants, leurs larges poitrines, leurs gueules monstrueuses, leurs yeux sanglants ajoutent encore à la terreur qu’ils inspirent.

Ce n’est pas tout. Comme tous les plantigrades, les grizzlys ont « la vie dure ». Quelques-uns ont lutté avec courage bien que percés de plus de dix-huit balles. Et ce qui contribue à rendre plus fâcheuse leur rencontre, c’est la rapidité de leur course. Ils peuvent, en effet, suivre un cheval au trot. Tout homme à pied est perdu, s’il se fie à la vitesse de ses jambes. Plus que contre tout autre fauve, il doit conserver son sang-froid afin de ne point perdre la balle qu’il lui destine et qui ne le tue qu’en frappant entre les yeux ou au défaut de l’épaule.

Tels étaient les effrayants animaux avec lesquels Madeleine et ses compagnons allaient se trouver aux prises.

Encore si, pour revenir, ils avaient trouvé le chemin libre !