Mais, outre que la retraite leur était coupée, le chemin horrible, montueux, glissant, semé de rocailles, n’aurait pas permis aux chevaux d’y soutenir une allure rapide. Il était déjà presque fabuleux que la petite troupe eût pu descendre sans encombre une côte aussi déclive.

Ils ne pouvaient donc que fuir dans l’autre direction, c’est-à-dire vers la vallée et le petit lac où, naguère, s’abreuvaient les cerfs dont la vue avait surexcité leur ardeur cynégétique.

Mais cette vallée elle-même, leur offrait-elle un refuge assuré ?

De la place où ils se trouvaient, Wagha-na et Georges ne pouvaient s’en rendre compte. Et quant à s’engager à leur tour dans le défilé, ils ne devaient point y songer. C’eût été de leur part une bravade aussi inutile que téméraire.

Trois des ours avaient atteint déjà les roches les plus basses. Un autre prenait pied sur le sentier avec un grognement féroce comme pour inviter ses congénères à le rejoindre au plus tôt.

Les cavaliers n’auraient pas franchi trois mètres sans être happés au passage.

Wagha-na arrêta son cheval.

— Ne bouge pas, Gola, bonne bête, — lui dit-il. — Tu n’as rien à craindre de cette vermine. Tu sais bien que ton maître ne t’abandonnera pas, bon cheval.

Il lui parlait comme il eût parlé à une créature humaine.

Et, véritablement, le noble, animal parut le comprendre. Bien qu’il tremblât de tous ses membres et qu’une sueur froide glaçât sa belle robe dorée, il demeura immobile, à moins de cent mètres des fauves, comme si ses fins sabots se fussent incrustés dans le roc.