Au moment où ils avaient entendu les sons du cor de l’Indien, les ours avaient donné quelques signes de terreur. Bientôt, comme sollicités par une bravoure soudaine, ils se retournèrent et vinrent, d’un trot lourd, mais rapide, au-devant de leurs assaillants.
— Attention ! — commanda Wagha-na. Il s’agit de les attirer le plus loin possible sur la montée. Faisons donc retraite sur nos chevaux. Avec eux, nous n’avons rien à craindre.
La manœuvre était fort simple. En voyant reculer leurs ennemis, les Grizzlys s’enhardirent. Puis, pris tout à coup d’une aveugle fureur, ils accélérèrent leur course, avec des grondements si terribles que les chevaux des Indiens, moins aguerris que Hips et Gola, dont ils avaient pourtant imité la courageuse attitude, se mirent à renâcler, à souffler violemment, à se cabrer, ce qui alarma Wagha-na.
— Tenez vos bêtes ! — cria-t-il d’une voix vibrante.
L’ordre était plus facile à donner qu’à exécuter. Les Indiens cependant parvinrent à maîtriser les animaux fous de terreur.
Cependant les ours gagnaient du terrain. Ils n’étaient pas à plus de deux cents pas, lorsque le Bison Noir, saisissant sa carabine, pourvue de balles à pointes d’acier, l’épaula, en criant derechef à ses compagnons :
— Visez bien ! Il s’agit de ne pas perdre une seule charge. Si nous avions ces trois-là du premier coup, le reste ne serait plus qu’un jeu. Allons ! Je le répète : visez bien.
L’étroitesse du chemin ne permettait point malheureusement aux neuf hommes de tirer en même temps.
Les quatre premiers seuls, parmi lesquels se trouvaient Wagha-na et Georges Vernant, firent feu simultanément.
Deux balles atteignirent le premier des animaux, celles du jeune Français et du Bison Noir. Toutes les deux le frappèrent aux bons endroits. Wagha-na avait visé le front.