Frappé au front et au cœur, le monstre tomba foudroyé.
Les deux compagnons ne reçurent que des projectiles de plomb, l’un dans le cou, l’autre à l’une des pattes de devant.
Alors, soit que cette fusillade les eût effrayés, soit que la vue de leur frère mort leur inspirât de salutaires réflexions, les lourdes bêtes se détournèrent brusquement et se mirent à fuir sur la pente précipitée, où les avaient devancés déjà leurs congénères.
— Hardi ! — cria Wagha-na en plaçant de nouvelles cartouches dans le magasin de son arme belge, conforme au modèle français, — hardi, vous autres. Ne les laissez pas échapper.
Les cinq Indiens qui n’avaient point encore tiré firent feu à leur tour. Peines perdues ! Bien que tous les coups eussent porté, les ours n’étaient atteints que par derrière. Cette décharge ne fit qu’accélérer leur course vers la vallée.
Le Bison Noir fut saisi d’une profonde terreur.
— Je connais l’ours, — dit-il. — Pour que ceux-ci soient pressés de fuir comme ils le font, contre toutes leurs habitudes, c’est qu’évidemment il doit y en avoir d’autres dans la vallée.
— Et Madeleine ! — s’écria Georges étranglé par la douleur.
— Oui, Madeleine, — répondit l’Indien. — Il faut la sauver à tout prix.
D’un geste qui compléta sa pensée il montra au jeune homme le double parapet des roches.