En cet endroit, elles formaient une sorte d’escalier cyclopéen. C’était par cet escalier que les ours étaient descendus.

Georges n’en entendit pas davantage.

D’un bond, il gravit la première marche, immédiatement accompagné par le père adoptif de la jeune fille.

En quelques élans, ils eurent gagné la crête du remblai de roches. De là, leur vue embrassa un assez vaste horizon et ils purent se rendre compte de toute la scène qui se déroulait sous leurs regards.

A leurs pieds se creusait la vallée, longue à peine de deux kilomètres, large au plus de huit cents mètres. Au centre s’étendait le petit lac bleu, ombragé de saules, de cyprès et de platanes. Alentour, les pentes se voilaient d’une végétation superbe, mais que le Nord avait déjà touchée de son haleine glaciale.

Au delà s’ouvrait un second couloir analogue à celui qu’ils venaient de parcourir et qui devait mettre la vallée en communication avec d’autres semblables, car on pouvait, à distance, voir moutonner, par derrière les roches grises qui trouaient l’humus, tout un flot de frondaisons jaunissantes.

Et dans cet étroit espace, six cavaliers groupés ensemble semblaient interroger l’horizon environnant.

Wagha-na ne s’était pas trompé. Il n’avait que trop bien deviné la cause de la retraite des ours.

De l’autre côté de la vallée, cinq nouveaux grizzlys, aussi énormes que les premiers, sortaient du milieu des arbres et s’avançaient au petit trop vers les cavaliers.

— Cinq et cinq font dix ! — prononça le Bison Noir. Et ce truisme ainsi prononcé n’avait rien de ridicule. Il prenait, au contraire, une terrifiante signification en présence de l’attaque des monstrueuses bêtes. D’autant plus qu’avec le même ton de découragement, l’Indien ajouta :