L’ours, quoique grièvement blessé, avait encore assez de forces pour broyer la jeune fille et la déchirer. Il s’avançait, péniblement sans doute et par soubresauts, mais il gagnait du terrain, et la pauvre enfant se trouvait prise entre cet adversaire redoutable et les cinq grizzlys de la vallée qui hâtaient leur course et dont le plus rapproché n’était pas éloigné de plus d’une centaine de mètres.
Elle était donc perdue si quelque prompte intervention ne l’arrachait à cette épouvantable alternative.
Par bonheur, Georges Vernant avait pu juger d’un seul coup d’œil la situation.
S’adossant au pan de rochers, haut, sur ce point, de huit à dix mètres et assez lisse, il se raidit et se laissa couler, les pieds en avant, en élevant sa carabine au-dessus de sa tête.
En touchant le sol de la vallée, il bondit à la rencontre de l’ours.
Il ne fallait pas songer à faire usage d’une arme à feu. Le moindre tremblement de la main pouvait être mortel pour Madeleine elle-même, que la balle aurait pu atteindre, ne fût-ce qu’en ricochant sur la paroi de granit.
Tenant donc sa carabine de la main gauche, Georges brandit de la droite la hache à manche court qui ne quitte jamais l’Indien des prairies et le trappeur des forêts.
Ce fut pour les spectateurs de cette scène émouvante une minute d’indicible angoisse.
Debout, le couteau de chasse à la main, l’intrépide Madeleine attendait le choc du monstre.
Elle vit venir du même œil le péril et le secours.