L’animal était à bout de force. Mais quelque obscur instinct, quelque sombre fureur de vengeance le soutenait encore, sans nul doute. Son attaque n’en devait être que plus terrible.

Essoufflé par la course qu’il venait de faire, Georges Vernant ne put que jeter un mot à la jeune fille.

— A droite !

A droite, c’est-à-dire vers la muraille de granit dans laquelle s’ouvrait un enfoncement suffisant pour permettre à Madeleine, en s’y blottissant, d’échapper à l’étreinte désespérée du grizzly.

Elle entendit l’avis salutaire. D’un seul élan, elle se jeta dans la fente.

Il était temps. Déjà l’ours s’était dressé sur ses pattes de derrière, énorme, aussi haut qu’un cheval. Il retomba avec un rugissement de rage impuissante sur la paroi de granit que rayèrent ses griffes furieuses.

Mais avant qu’il eût touché terre, Vernant s’était rué sur lui.

D’une main sûre et d’une vigueur herculéenne, la hache fut envoyée sur la nuque épaisse de l’animal. Telle fut la force du coup que le fer s’enfonça profondément entre les vertèbres cervicales. Le grizzly s’abattit comme une masse, pareil à un bœuf sous le maillet de l’abattoir.

Alors, saisissant la jeune fille dans ses bras d’athlète, Georges l’emporta comme il eût fait d’un enfant sur la raide montée.

— Madeleine, — lui dit-il en la déposant, — puis-je vous dire aujourd’hui que je vous aime ?