Elle ne répondit pas, mais elle sourit en lui serrant la main.

IX
BLANCS ET ROUGES

Tout le monde était sauf. On n’avait eu à déplorer que la perte d’un cheval. Mais cette perte était fort sensible à Madeleine qui pleura devant le cadavre de sa belle jument, lâchement tuée par une balle qui était peut-être destinée à la jeune fille elle-même.

Bien entendu, à partir de ce moment, la chasse fut abandonnée. On se borna à accueillir à coups de fusils les cinq grizzlys retardataires, lesquels, de leur côté, ne s’obstinèrent point dans une attaque aussi chaudement reçue, et regagnèrent leurs cavernes, emportant quelques balles dans leurs puissantes musculatures.

On les laissa opérer leur retraite sans les inquiéter davantage. On avait hâte de se rassembler dans la plaine, loin de ces dangereux parages, afin d’y commenter les incidents de cette journée féconde en émotions.

Le dépouillement des cadavres retint encore une heure environ les chasseurs sur le théâtre du drame. Après quoi, l’on se mit en quête d’un campement pour la nuit. Heureusement que les divers groupes disséminés dans la montagne rentrèrent chargés de butin et que le repas du soir, déjà assuré par les chasses des jours précédents, fut abondamment pourvu de viande fraîche.

On dressa donc les tentes à portée de fusil des premiers versants. Par mesure de prudence, Wagha-na disposa sa troupe en colonne de guerre, et plaça des sentinelles à toutes les extrémités du camp.

Et comme Georges l’interrogeait sur les motifs qui lui inspiraient ces mesures de prévoyance :

— Mon cher enfant, — répondit le Bison Noir, — il s’est passé aujourd’hui des choses si extraordinaires que la plus méticuleuse prudence s’impose à nous. Nous devons être prêts à tout événement.

— Oui, je sais, — fit Vernant, — vous faites allusion à ce coup de feu maladroit et à ce bonnet de fourrure entrevu par vous ?