— S’il n’y avait là qu’une maladresse, vous ne me verriez point aussi préoccupé, mon cher Georges. Cette balle était celle d’un ennemi. Je ne dis pas que cet ennemi ait voulu tuer Madeleine, mais il la frappait indirectement, puisque, en tuant le cheval, c’est-à-dire en lui ôtant les moyens de fuir, il la livrait aux dents et aux griffes du grizzly.
— Et l’on n’a pas pu s’emparer du misérable ?
— Malheureusement non. L’homme s’est enfui avec une rapidité étonnante. Il a gagné un bouquet de pins sous lesquels il s’est perdu aux regards de ceux qui le poursuivaient.
— Il faudrait pourtant s’en assurer. Qui soupçonnez-vous ?
— Je soupçonne les deux Yankees que vous savez. Ces deux coquins préméditent depuis longtemps un mauvais coup. Hier, ils ont failli l’accomplir. Madeleine morte, sa succession était ouverte, comme jadis celle de son père. Et vous vous expliquez maintenant les causes de cet attentat.
— Oui, je me l’explique, — murmura Vernant, dont la main se crispa sur la poignée de son revolver. — Mais cela ne s’accomplira pas, s’il plaît à Dieu ! J’aurai plutôt la tête de ces deux scélérats.
— Ce n’est pas tout, — continua Wagha-na.
— D’autres indices m’ont frappé. Ces ours…
— Ces ours ? — interrompit le jeune homme.
— Que voulez-vous dire ? Ce n’étaient pas des complices, à coup sûr ?