Le Bison Noir eut un fin sourire.
— Au contraire, mon cher Georges, et beaucoup plus que vous ne pourriez le croire. Complices inconscients, cela va sans dire, mais qui ont joué leur rôle à merveille.
— Je ne vous comprends pas.
— Vous allez me comprendre. L’ours, le grizzly surtout, ne va jamais par bandes. Il est même très rare d’en rencontrer une famille chassant en commun. Il faut donc, pour que nous en ayons trouvé onze assemblés, qu’ils aient obéi à la fois à un mot d’ordre et à une poussée du dehors. Le mot d’ordre, cela va sans dire, a été donné à leurs meneurs. Pour les attirer sur le même point, il faut que, de directions opposées, on les ait rabattus sur nous, en même temps que l’on lançait devant eux le troupeau d’antilopes qui excita la convoitise de nos imprudents chasseurs.
— Ainsi, vous supposez.
— Je suppose, — je dirai même que c’est une certitude en mon esprit, — que cinquante ou soixante rabatteurs, pour le moins, ont envahi la montagne et formé un vaste cercle à dessein de pousser sur nous les fauves.
Georges Vernant était renseigné. Aussi s’expliqua-t-il que les ordres très rigoureux de Wagha-na fixassent le départ de la colonne pour le lendemain à la première heure du jour.
Agréé par Madeleine en qualité de fiancé, il avait obtenu d’elle et de Wagha-na la faveur de s’attacher aux pas de la jeune fille qu’il entendait ne plus quitter, maintenant qu’il savait de quelle sorte de périls elle était menacée.
A l’aube, on plia les tentes. Puis Wagha-na distribua sa troupe à l’instar d’une petite armée. Cinquante cavaliers Sioux prirent la tête, formant une solide avant-garde ; quatre-vingts fermèrent la marche. Dans la troupe centrale fut placée Madeleine que flanquaient Sheen-Buck et Joë O’Connor, et que Georges Vernant précédait de quatre à cinq pas.
Léopold Sourbin était venu se placer aux côtés du jeune Français Canadien.