Depuis les événements de la veille, Léopold prisait très haut sa propre bravoure. Peu s’en fallait qu’il ne se plaçât sur un pied d’égalité avec l’intrépide jeune homme dont tout le monde avait pu admirer l’héroïsme.
Quelque bonne opinion que Sourbin eût de la constance avec laquelle il avait supporté l’indicible terreur que lui avait causée la présence des ours, il avait cependant une vague conscience de la supériorité physique et morale de Georges Vernant et n’était pas fâché de s’approcher de lui, ne fût-ce que pour profiter des reflets de sa gloire.
Celui-ci éprouvait des sentiments diamétralement opposés à l’égard du cousin de Madeleine, et il ne prenait aucun soin de les lui dissimuler.
Aussi, lorsque l’aventurier eut poussé son cheval botte à botte avec lui, Vernant ne put-il se défendre d’une rudesse que justifiaient les circonstances et surtout les apparences défavorables à Léopold.
— A propos, monsieur Sourbin, — lui dit-il à brûle-pourpoint, — que sont devenus vos amis ?
— Quels amis ? — demanda naïvement l’interpellé, qui n’avait pu s’empêcher de tressaillir.
— Mais ces deux gredins qui nous ont suivis, ces deux Yankees de mauvaise mine ?
— Vous appelez ça mes amis ? — répliqua le Français avec une moue dédaigneuse. — Mais, Monsieur, je n’ai jamais eu que des relations d’affaires avec ces gens-là. Je ne m’enquiers pas de leurs faits et gestes.
— Vous avez tort, — répliqua brutalement Georges. — Vous feriez mieux de vous en enquérir, car ce sont deux misérables coquins, auxquels je casserai la tête à notre première rencontre avec eux.
Pour le coup, cette vigoureuse assurance donnée par Vernant réjouit l’âme de Léopold.