Il éclata d’un rire aigu, qui témoignait d’une satisfaction profonde.

Parbleu ! mon cher Monsieur, — avoua-t-il, — ce n’est pas moi qui les défendrai.

Et, voyant que son interlocuteur attachait sur lui un regard malgré tout surpris, il s’empressa de rectifier ses paroles en ce qu’elles paraissaient révéler d’égoïsme satisfait.

— Si je vous parle ainsi, ce n’est pas que le procédé ne me semble un peu vif. En France, nous nous en remettons à la justice du soin d’exécuter les criminels. Mais je ne doute pas que vous n’ayez de bonnes raisons pour vous guider, et c’est pour cela que, sans vous approuver entièrement, je ne me jetterai pas à la traverse de vos intentions.

— Vous auriez grand tort, en effet, de le faire, — répliqua Georges avec la même rudesse de ton et d’expression. — Vous ne les sauveriez pas et, dans la bagarre, il pourrait vous arriver d’attraper des horions.

La conversation tournait à l’aigre, et force était bien à Léopold de reconnaître que son compagnon de route, jusque-là d’une rare urbanité, était devenu peu liant.

Un incident, imprévu pour tous, sauf peut-être pour Wagha-na, y mit un terme.

On vit revenir tout à coup une dizaine des cavaliers de l’avant-garde.

Le Bison Noir n’attendit pas qu’ils l’eussent rejoint. En un temps de galop, il se porta au-devant d’eux et recueillit les informations qu’ils lui apportaient. Elles n’étaient rien moins que rassurantes.

Le jeune chef Sioux, qui conduisait le détachement, avait vu brusquement surgir de l’horizon de l’ouest, venant d’une gorge des montagnes, une trentaine de cavaliers américains, armés jusqu’aux dents et portant l’uniforme gris et le chapeau de feutre à plumes de la milice des frontières.