XXXV
UN FOYER D'ARTISTES
Les répétitions étaient sur le point de commencer, et le directeur avait dit à Athanase :
— Maintenant que vous allez être des nôtres, monsieur, quand vous voudrez venir au foyer des artistes…
Quand vous voudrez!… mais tout de suite! mais toujours! car Eulalie, de chute en chute, de métamorphose en métamorphose, avait fini par échouer, elle aussi, sur la scène des Divertissements-Plastiques.
Quand vous voudrez!… Athanase n'en mangea pas de la journée, il lui semblait que le soir n'arriverait jamais.
Inutile de vous apprendre qu'il arriva nonobstant et avec lui le moment rêvé.
— On ne passe pas, glapit Euphrasie Balandreau, notre ancienne connaissance, en barrant l'escalier des artistes à l'intrus qui forçait si audacieusement la consigne.
— Comment, dit le père Balandreau, tu ne reconnais pas monsieur Briquet, qui travaille à cette heure pour notre théâtre… Bonsoir, monsieur Briquet…, vous voilà parti du pied gauche pour la gloire… et pour l'amour, car, si je ne m'abuse, vous montez au foilier de ces dames… La porte à gauche, vous traverserez les corridors, et à votre main droite…
Le foilier de ces dames — pour nous servir de la langue du père Balandreau — n'était peut-être pas le plus élégant de Paris, mais à coup sûr c'était un des plus pittoresques du boulevard.
Il n'avait rien des splendeurs du sérail de la danse à l'Opéra, rien non plus des austérités des scènes didactiques ; il ne ressemblait point à un bureau d'esprit comme le foyer de la Comédie Française — il aurait plutôt ressemblé à un bureau de placement, s'il n'eût ressemblé… à lui-même.