Dédaignant donc de poursuivre une lutte de plume aussi rebutante, il envoya, séance tenante, deux témoins au Dugoupin.
Les témoins comptaient sur des excuses. Ils n'avaient pas songé qu'un duel est une des plus merveilleuses embuscades pour la réclame.
Son chevalier paya d'audace. Il tirait passablement, et d'ailleurs vingt lignes, — au prix où sont les annonces anglaises — valaient bien un coup d'épée sans doute.
D'autant plus que ce fut Athanase qui le reçut.
Un heure après le duel, il pleuvait dans tous les bureaux de rédaction de la presse parisienne une note amoureusement calligraphiée et portant :
— Aujourd'hui, à neuf heures du matin, une rencontre à l'épée a eu lieu dans les bois de Chaville, entre MM. Dugoupin, auteur dramatique, et Athanase Briquet, précédemment employé chez un huissier. Ce dernier a été blessé à l'épaule après un engagement des plus vifs.
» La cause du duel était une accusation de plagiat formulée et soutenue les armes à la main par M. Dugoupin, écrivain que le public sera bientôt à même d'applaudir. »
— Fameuse affaire! se murmura Dugoupin en vérifiant l'insertion de cette note dans un quinzième journal. Ça m'a fait imprimer trente-neuf fois mon nom!
Quant au directeur des Divertissements-Plastiques, il se dit après avoir lu le même morceau :
— Voyez-vous ce Briquet!… Avec son air sainte-n'y-touche, je l'avais toujours soupçonné de manquer de loyauté!