XLIII
REPRÉSENTATION A BÉNÉFICE

Pour la première fois depuis un mois que sa blessure l'avait forcé à garder le lit, Athanase se trouvait seul.

C'est que le numéro 9, son fidèle voisin, qui ne l'avait pas quitté un instant, avait bien été obligé de sortir pour cette soirée mémorable entre toutes, pour cette soirée à son bénéfice, pour cette soirée où il devait reparaître devant le public après dix ans d'interrègne.

Le blessé regardait la pendule avec angoisse, attendant impatiemment le retour de son vieil ami.

Elle avait coûté tant de peines et de démarches à l'ancien comique, cette représentation suprême! Il avait fallu frapper à tant de portes pour organiser un spectacle!

Les directeurs ne voulaient pas prêter leur salle et avaient besoin de leur personnel. Les acteurs avaient oublié ce camarade d'une autre génération et ne se souciaient pas de se déranger. Les auteurs ne s'empressaient guère d'abandonner leurs droits.

Personne ne voulait jouer en premier. Mlle X… refusait de chanter, si M. Y… exécutait avant elle un morceau de piano ; M. Z… avait averti, au dernier moment, qu'une indisposition l'empêchait de prêter le concours qu'il avait promis. Et ceci, et cela, et le reste!

Orchestre, décors, accessoires, artistes, rien ne manquerait-il in extremis? Le public répondrait-il à l'appel? Le bénéficiaire saurait-il encore affronter la rampe et soulever les bravos comme autrefois?

Cette dernière inquiétude serrait surtout le cœur du vieillard, qui était tout tremblant au départ.

Voilà pourquoi Athanase guettait le retour avec tant d'impatience.