Il était plein de bons sentiments cet Athanase Briquet. — Pauvre garçon!
Je dis : pauvre garçon! parce qu'au dix-neuvième siècle les bons sentiments font rarement les bonnes affaires.
S'il existait un homme Montyon digne de tous les prix de vertus fondés ou à fonder, je ne donnerais pas douze cents francs par an de son avenir. Soyez confiant, on vous dupe ; dévoué, on vous exploite ; modeste, on vous passe sur le dos ; — et ainsi du reste de la litanie.
Encore sous le coup de sa juste mais candide indignation, le naïf avait regagné l'hôtel meublé où il était descendu et qu'il avait eu soin de choisir dans le quartier des théâtres, — à deux pas du boulevard du Temple.
La journée — au milieu de toutes ces diverses pérégrinations — s'était promptement écoulée. Il était huit heures quand il rentra dans sa chambre, décorée de l'ameublement classique : lit à rideaux de calicot, vieux secrétaire, guéridon à dessus de marbre et toilette-lavabo.
La cheminée était veuve de toute flamme, le carreau de tout tapis. On aurait dit une cellule de prison.
— Brrrou! grimaça-t-il, qu'il fait froid et triste ici!… A Gérizy du moins…
Il avait allumé une bougie.
— Voyons! voyons! secouons ces idées-là… Parbleu! j'y pense. Je n'ai pas dîné, ce doit être la cause de ma mélancolie. Si les grandes pensées viennent du cœur, les grandes tristesses viennent de l'estomac… Un mot à garder pour ma comédie future…
Il sonna le garçon, qui remonta bientôt avec un spécimen de bouilli, un débris de veau rôti, un semblant de légume et un détritus de salade ; — le dîner de la table d'hôte attachée à l'établissement.