— Non!… Décidément, je ne suis pas en train… Ce veau entame avec mon énergie une lutte que je ne me sens pas le courage de continuer… Je ne sais si je m'abuse, mais la viande que me donnait le patron à Gérizy me semblait moins récalcitrante.
Encore ces souvenirs!…
Le fait est que, pour ma première journée, je n'ai pas précisément obtenu un succès sans nuages.
La façon dont ce brutal portier entend l'hospitalité et celle dont cet étrange directeur de journal entend la délicatesse ne sont pas faites pour me causer des transports d'enthousiasme… Et n'avoir pas seulement pu retrouver ses traces! Où est-elle?
L'image d'Eulalie venait de traverser la cervelle d'Athanase, il n'en fallait pas davantage pour l'exalter.
— Lâche!… Parce que la route n'est pas semée de fleurs, je me découragerais… Comme si tout Paris devait deviner qu'un naturel de Gérizy est arrivé dans ses murs et venir lui offrir sur un plat d'argent les clefs de tous ses théâtres!…
Mais avec de la persévérance… J'ai deux mille cinq cents francs en portefeuille. Le fruit des économies que je faisais pour acheter l'étude du patron… C'est du pain pour deux ans… et en deux ans…
Il tira un de ses manuscrits de sa malle, mais la fatigue l'emporta. Sa tête retomba sur sa poitrine. Il dormait, il rêvait même.
Dans son rêve, il voyait les directeurs assiéger sa porte ; il les recevait du haut d'un trône, ayant à ses côtés Eulalie en costume de reine moyen âge. Des vivats ébranlaient les fenêtres. C'était la foule qui au dehors criait : Vive Athanase Briquet! Vive notre grand écrivain!…
A une heure du matin, il était encore endormi sur sa chaise. La bougie allait finir, mais son rêve continuait toujours, quand il fut réveillé en sursaut par le choc de sa porte ouverte avec fracas.