— Non! non! répéta lentement le numéro 9, n'aimez jamais une actrice.
— Et… pourquoi?… hasarda Athanase d'une voix émue.
— Est-ce sérieusement que vous me le demandez? Oh! alors on voit bien que vous n'avez pas, comme moi, vécu vingt-cinq ans la vie théâtrale…
Aimer une actrice, c'est le supplice raffiné, la torture de tous les instants.
Fût-elle le modèle des vertus domestiques, eût-elle pour vous la tendresse la plus désintéressée, je vous crierais encore : Malheur! malheur à vous!… Malheur à vous, si elle échoue, car chacune des souffrances que lui causent les sifflets, vous les endurez mille fois.
Malheur à vous si elle triomphe ; car chacun des bravos qui la saluent est un rival qui vous vole votre bien.
Malheur à vous toujours ; car ce n'est point à vous, c'est au public que l'actrice appartient!
Son sourire vous fascine ; mais elle le prodigue plus charmant encore à des centaines d'indifférents qui, pour quelques sous, viennent la posséder du regard.
Ses blanches épaules vous enivrent ; mais elle, avec d'horribles coquetteries, se complaît à sentir la foule les caresser du désir.
Vous voudriez toutes ses minutes, mais la discipline vous la laisse à peine quelques heures, et les répétitions du plus piètre vaudeville font faire antichambre à votre amour.