De sorte que, las de ses bonheurs opprimants, il secoua le joug de la richesse pour reprendre le collier volontaire de la denrée coloniale. Son salon servit de boutique. Le piano de sa fille devint un comptoir sur lequel il pesait pour ses voisins de campagne les provisions qu'il allait acheter en gros à Paris.
Ce monsieur avait la nostalgie de la cannelle ; moi, j'ai la nostalgie des planches.
Une nostalgie qui ne pardonne pas.
Quand je sors, mes pas se tournent involontairement vers le boulevard du Temple.
Quand je lis, les journaux de théâtre viennent d'eux-mêmes dans mes mains.
Quand je pense, mes préoccupations vont toutes de ce côté.
A chaque première représentation, je m'asseois au plus prochain café. J'écoute les rumeurs, je recueille les avis, et de ces bribes je me reconstruis la soirée entière, pièce, acteurs et public.
Les industriels qui grouillent autour des salles sont mes amis ; du marchand de programmes au vendeur de contre-marques, je les sens tous de ma famille.
Si je rencontre dans la rue une voiture de décors, il me passe un éblouissement.
L'heure à laquelle j'entrais d'ordinaire en scène ne sonne pas une seule fois sans que mon cœur se serre instinctivement.